C’est au mois d’août 2016, pour le compte de l’élection présidentielle en terre gabonaise, que le jeune informaticien de nationalité ivoirienne, Yéo Sihifowa Namogoh, avait rejoint l’équipe de campagne du challenger principal d’Ali Bongo Ondimba, Jean Ping Okoka, pour la compilation et la centralisation des résultats des différents bureaux de vote qui consistait à regrouper les procès-verbaux physiques au fur et à mesure que ceux-ci lui parvenaient.

Yéo Sihifowa Namogoh

Il avait atterri au Gabon pour une mission de trois semaines. Il se retrouvera finalement pendant trois ans sans jugement. En effet, il est arrêté en toute illégalité lors de l’assaut sanglant et meurtrier au quartier général de Jean Ping, au cours de la nuit du 31 au 1er août 2016 ; dans ce cas de figure, il serait plus judicieux de parler d’un enlèvement. Dans tous les cas, le motif de son « arrestation » a d’abord été « l’atteinte à la sûreté de l’Etat » ; ensuite, il a été requalifié en « falsification et publication de faux résultats » doublé de l’infraction de « trouble à l’ordre public ».

Considéré comme un cyber criminel par les autorités gabonaises qui avait avancé dans un communiqué « avoir intercepté une application pirate conçue par une cellule de cybercriminels ivoiriens pour porter atteinte à la sûreté de l’Etat  », grande fut la stupéfaction des populations gabonaises et de la communauté internationale en constatant que le processus électoral au Gabon n’était pas caractérisé par un vote électronique mais plutôt par le vieux et dépassé système de « décompte manuel des voix ».

Il n’était donc pas possible que les résultats de l’élection puissent être piratés. C’est finalement le 11 septembre 2020 que le long et harassant séjour passé au sein de la prison de Gros-Bouquet, sise à Libreville, a pris fin après quatre ans de détention arbitraire. Ce n’est que le 14 août dernier, qu’il avait été jugé au tribunal correctionnel spécial de Libreville accusé cette fois-ci par la justice gabonaise de « diffusion des fausses informations et des pièces falsifiées ainsi que la transmission sans autorisations des signaux à l’aide de télécommunication frauduleuse  ». De quoi s’esclaffer.

A la fin du procès, Ce « hacker » que seules les autorités définissent comme tel, écope de dix ans d’interdiction de séjour au Gabon, d’une amende à hauteur de 2 millions de francs CFA et d’un sursis d’un an sur cinq d’emprisonnement. Recouvrant la liberté le 11 septembre 2020, c’est finalement aujourd’hui qu’il a rejoint ses consanguins, reconduit par les autorités gabonaises vers son pays.